Et la palme revient à…

Comme nous l’avons signalé dans l’un des articles nous présentant, l’huile de palme a fait partie de nos premiers axes de réflexions il y a maintenant 4 ans.
Nous avions été marqués par son omniprésence dans la plupart des « cochonneries » du type, Mars, Twix, Nutella… et dans ce qui était à l’époque mon incontournable du petit déjeuner : les Chocapics… J’ai alors compris ce que c’était de devoir changer pour la planète… 😉

Mais le fait que cette huile soit présente dans de nombreux produits n’est pas synonyme de mal, alors, avions nous raisons ?
Qu’en est-il aujourd’hui ?

L’huile de palme, c’est quoi ?

C’est une huile qui provient du palmier à huile, cultivé en climat tropical et principalement en Indonésie et Malaisie (85 % de la production mondiale).

En Indonésie en particulier, en 40 ans la surface plantée à été multipliée par 15, soit un passage de 700 000 à plus de 7 millions d’hectares, principalement au détriment de la forêt.

(Pour vous faire une idée, la région Bourgogne Franche Comté et Grand Est ont une superficie total de respectivement 4,7 et 5,7 millions d’hectares.)

C’est bon ou mauvais pour moi ?

Elle est composée à 50 % d’acides gras saturés contrairement aux autres graisses végétales. Elle serait donc pour l’homme de qualité semblable à de la graisse animale.
Il est recommandé de ne pas trop en consommer (risque de cholestérol) et de préférer des acides gras poly-insaturés qui eux, protègent la fonction cardiovasculaire, et se retrouvent dans les autres graisses végétales comme le tournesol, le colza ou le soja…

L’huile de palme est donc considéré comme un piège car elle peut être ingérée sans connaissance par des personnes à qui l’on déconseille les acides gras saturés.

Par contre, c’est bon, c’est même très bon ! Non pas à cause de son goût plutôt neutre, mais grâce à la texture inimitable qu’elle apporte en bouche et c’est l’une des raisons de son emploi massif, sa température de passage de l’état solide à l’état liquide est compris entre 36°C et 40 °C : c’est grâce à l’huile de palme que les pâtes-à-tartiner ou barres chocolatées fondent littéralement en bouche.

C’est du pain béni pour l’agro-alimentaire car la sensation en bouche est exceptionnelle et il n’est pas vraiment possible d’obtenir le même résultat avec d’autres types de matière grasses.

Qu’en est-il des populations locales ?

2 exemples succins :

Les Penan, à qui le droit du sol ne semble pas reconnu, est une tribu de chasseurs-cueilleurs qui ont de moins de moins de territoires et luttent pour la non-destruction de leurs dernières forêts de subsistance.

Les Sakaï, à qui le droit du sol semble reconnu mais qui se sont vus dépouillés de leurs terres légalement ; je cite un employé d’une plantation de palme :

« Au début, les Sakai [ethnie locale] ne pensaient pas que leur terre pouvait avoir un prix. Ils en avaient tellement… Donc on pouvait échanger 2 hectares contre une radio. Plus tard, contre une télé. J’ai même connu quelqu’un qui a échangé 10 hectares contre une moto. Ils se sont bien fait avoir. Maintenant, ils sont tous partis dans les montagnes. Et, maintenant, si on veut de la terre, on l’échange contre de l’argent. « 

Par ailleurs, l’huile de palme est d’autant plus rentable, qu’elle nécessite peu de main d’œuvre par rapport à d’autres cultures tropicales : 10 fois moins de main d’œuvre que pour la Banane par exemple !

Donc on peut vider les campagnes sans soucis et contrôler très facilement les petits producteurs qui n’ont que quelques hectares.

Le business de l’huile de palme ?

C’est l’huile la moins chère du marché et combiné à mon premier point, c’est pour ces raisons qu’elle est tellement consommée ! Mais comme souvent, quand c’est pas cher, y’a des perdants.
Les perdants sont d’une part les agriculteurs locaux, l’huile de palme étant à 100 % importée, les producteurs nationaux d’huile (colza, tournesol, …) voient leur débouchées diminuer.

D’autre part les agriculteurs des pays pauvres.
Amnesty international a suivi le parcours de l’huile du palme du plus gros producteur mondial (Wilmar) qui fournit notamment : « Colgate-Palmolive, Kellogg’s, Nestlé, Unilever… » Ce sont des marques qui déclarent utiliser de « l’huile de palme durable« .

Pourtant je cite l’enquête :
« Trois des cinq plantations de palmiers à huile sur lesquelles nous avons enquêté en Indonésie sont certifiées comme produisant de l’huile de palme « durable » selon les critères […] (RSPO), […]. Mais nos conclusions révèlent qu’il n’y a rien de durable dans une huile de palme produite à l’aide du travail des enfants et du travail forcé. »

On note par ailleurs en Colombie que là, pour éviter la mise en place de syndicats d’ouvrier qui auraient pu fragiliser de grosses plantations d’état, il à été choisi de mettre en place de nombreuses petites coopératives. Les paysans étant producteurs, ils ne se syndicalisent plus, mais sont pieds et mains liés… Par ailleurs, la « soif de terre » des paysans à été épanchée par l’intervention de paramilitaires pour vider les campagnes par la « terreur ».

Peut-on se fier à l’huile de palme durable ?

En gros, peuvent être labellisées durables les plantations qui datent d’avant 2004, ce qui légitimise toutes les forêts qui avaient été saccagées avant. On note qu’il y aurait eu plus de plantations durables labellisées qu’il n’y en avait de plantées avant 2004.

Pour l’huile de palme bio, ce n’est pas le fait qu’elle soit « bio » au sens agronomique qui est visé, mais plutôt le fait qu’elle n’est pas éthique, ce qui est contraire à « l’esprit bio ». (Cf le paragraphe précédent concernant la Colombie qui est le plus gros producteur de palme bio au monde)

Pour le nouvel obs, l’huile de palme durable n’est que « du greenwashing pour berner le consommateur« .

La « Taxe Nutella » ?

Suite au scandale qui avait été révélé au grand publique il y a quelques années sur la déforestation massive et la mise en danger d’espèces animales et végétales, il avait été prévu de taxer les importations d’huile de palme en France pour mettre un frein à son utilisation.
Il était prévu une taxe de 900 euros par tonne d’huile importée.
La taxe à été réduite à 90 euros la tonne par les députés, en partie suite à la pression des producteurs d’Indonésie et de Malaisie qui craignaient que d’autres pays ne mettent en place une taxe similaire.

Est-ce mauvais pour la planète ?

En soit non, mais sa sur-exploitation entraine et encourage la déforestation de forêts tropicales et son remplacement par de la monoculture industrielle.

C’est donc des forêts ou vivaient des centaines de milliers d’espèces d’insectes et d’animaux qui sont remplacées par des plantations hallucinantes et immenses de palmiers à huile traités aux insecticides.

Pour la WWF, sur une zone de forêt remplacée par une plantation de palmier à huile, le nombre de mammifères présents passe de près de 80, à 11 ou 12.

A court et moyen terme nous allons donc avoir des problèmes d’érosion des sols, de pollution de l’air et de l’eau, et tout ça ne va pas aider le changement climatique.

Bien que l’huile de palme n’en soit pas la seule responsable, il ne faut pas oublier que l’activité humaine cause la disparition d’une espèce animale ou végétale toutes les 20 minutes !

Pour terminer, ci-dessous une évolution du domaine forestier de l’île de Bornéo :

Par ailleurs, on peut noter que l’huile de palme est de plus en plus utilisée pour produire du bio-diesel. Et l’usage de terres arables pour produire du carburant plutôt que de nourrir les hommes est sujet à d’autres questions…

Conclusion :

Nous ne regrettons pas notre choix.

Bien qu’en soi, la consommation d’huile de palme n’est pas nocive, c’est sa culture industrielle que nous rejetons, même si aujourd’hui elle peut être « certifiée » durable et bio. Nous avons bien compris qu’elle a trop détruit la planète, qu’elle continue de le faire, et que se contenter de dire stop mais de profiter quand même de ce qu’on a détruit ne nous convient pas.

On est d’accord, si l’on veut se passer ou diminuer sa consommation, cela demande une certaine modification de ses habitudes alimentaires. Mais au final, cela permet aussi d’éviter les produits les plus industriels et donc de limiter aussi d’autres additifs…

Finalement on en revient toujours à la même trame : il faut revenir aux produits locaux car on produit assez d’huiles végétales différentes en France.

Sources :

https://www.amnesty.fr/responsabilite-des-entreprises/actualites/huile-de-palme-travail-des-enfants-et-travail-force

http://www.lefigaro.fr/societes/2016/03/18/20005-20160318ARTFIG00097-la-taxe-nutella-fortement-rabotee-sous-la-pression-des-producteurs-et-industriels.php

http://www.20minutes.fr/planete/586009-20100722-huile-palme-passagere-clandestine-repas

http://www.finances.net/matieres_premieres/prix-huile_de_palme

https://www.ouest-france.fr/leditiondusoir/data/1126/reader/reader.html#!preferred/1/package/1126/pub/1127/page/9

http://wwf.panda.org/what_we_do/footprint/agriculture/about_palm_oil/environmental_impacts/

http://www.informaction.info/cqfs-Toutes-les-20-minutes-une-espèce-animale-ou-végétale-séteint

https://www.survivalinternational.fr/peuples/penan/deforestation

http://leplus.nouvelobs.com/contribution/1308464-huile-de-palme-durable-un-outil-de-greenwashing-pour-berner-le-consommateur.html

https://avenuecolombie.wordpress.com/huile-de-palme-bio/

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